Le contact avec la culture chinoise m'a ouvert les yeux auquel je n'avais jamais prêté attention jusque là : les Chinois raisonnent en termes de devoir, les Français raisonnent en termes de droits. 

 

Ce thème des droits et des devoirs me semble constituer une différence fondamentale entre la Chine et la France. Il semble également intimement lié au rapport de l'individu au groupe, fondamentalement différent en France et en Chine. 

A cet égard, la formule "ma liberté s’arrête là où commence celle des autres" serait un bon point de départ. En France, elle prend le sens de "ma liberté ne s’arrête que là où commence celle des autres". En Chine, on dirait plutôt "ma liberté ne commence que là où s'arrête celle des autres [et du groupe]". 

Chine : un vie de devoirs

 

La vie d'un chinois s'organise autour de l'accomplissement de ses devoirs.

 Dès son plus jeune age, un individu s'insère dans une logique de devoirs. Sa naissance s'inscrit dans la ronde des générations : il nait au service de sa lignée, de sa famille, de la société :

  • Pour un garçon, devoir de perpétuer la lignée (procréation).

  • Devoir de piété filiale, respect des parents et des aînés. Devoir de prendre soin de ses parents âgés (Pas de retraite ni sécurité sociale!).

  • Devoir de travailler dur pour mettre son foyer à l'abri du besoin

  • Devoir de se sacrifier pour offrir à ses enfants une vie meilleure, en particulier une bonne éducation

C'est en accomplissant ses devoir que l'individu « acquiert » son appartenance au groupe, et contribue à l'harmonie collective, valeur fondamentale de la société chinoise.

 Les droits ne viennent que dans un second temps, mérités par tous les efforts consentis.

 

France : un pays de droits

 

En France, nous sommes, me semble t-il, beaucoup plus focalisés sur la notion de droit. Pays des droits de l'homme, où « tous les hommes naissent libre et égaux en droits ».

Que ce soit dans l'éducation, dans la justice ou dans le monde professionnel, la société française se fonde sur une exigence clé : garantir l'égalité des chances et les mêmes droits à tous.

En France, où nous obtenons beaucoup de droits par notre simple naissance, nous sommes très vigilants à la préservation de nos droits. Certains passent même beaucoup de temps à revendiquer et défendre leurs droits: droit à la formation, droit de grève, droit à la différence, droit de choisir sa vie, droit au bonheur...

 Les devoirs ne viennent que dans un second temps, comme un moyen de conserver nos droits.

 Alors que le chinois recherche l'appartenance au groupe en accomplissant son devoir, le français en affirmant ses droits individuels, tend souvent à exprimer sa singularité, et revendique une certaine autonomie par rapport au groupe.

 

Impact sur le rapport au travail

 

L'individu chinois, pris dans un courant de responsabilités et de devoirs, est poussé à travailler dur pour y satisfaire à tous ces besoins. C'est stimulant, mais parfois éprouvant.

 En France, la contrainte du travail se fait moins aiguë, car nos droits constituent une enveloppe protectrice qui semble rendre moins vital le besoin de travailler dur. C'est confortable, mais parfois moins stimulant.

 

Impact sur le rapport à l'autorité

 

Les chinois ont un grand sens du devoir. En règle générale, l'autorité est acceptée de façon relativement naturelle. Les supérieurs hiérarchiques sont respectés, et même admirés lorsqu'ils font preuve de compétence et de bienveillance. Pour un manager, cette relative docilité est souvent confortable, mais parfois frustrante pour qui a l'habitude de travailler en management "coopératif" avec son équipe.

 En France, le rapport à l'autorité semble quant à lui plus conflictuel, car celle-ci représente potentiellement au yeux de l'individu une menace pour ses droits, et pour sa liberté. La notion de supérieur hiérarchique est parfois problématique, sans doute parce qu'elle représente une entorse à notre idéal égalitaire. Ceci étant, cela permet souvent une relation manager-employé sur un mode plus coopératif.